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Black Joe Lewis & The Honeybears - I'm Broke

publié le 30 septembre 2011 -  Catégorie : Actu

En concert le 12 octobre à la Rodia

 

 

 

 

Une camionnette fonce à toute vitesse sur les routes du Texas, elle se dirige vers Marfa où se tient un concert ce soir...
Une camionnette fonce à toute vitesse sur les routes du Texas, elle se dirige vers Marfa où se tient un concert ce soir. A son bord, Joe Lewis, six membres de son groupe plus un autre dorment entassés avec la satisfaction d’avoir achevé l’album de leur vie. Allant droit à l’essentiel, jusqu’au-boutiste, leur nouvel album nommé à juste titre Scandalous — produit une fois encore par Jim Eno, en plus de son boulot de batteur dans le groupe Spoon — est un cocktail détonnant de rock & roll, de blues et de funk, entrecoupé de pure musique punk.
Le groupe a fortement resserré ses liens après deux années quasi ininterrompues de  travail en collaboration. « Notre groupe a beaucoup grandi, tout comme notre base de fans, » reconnaît l’énigmatique Lewis à la silhouette longiligne. « Et il n’a pas fini de grandir, mais pour finir il sera ce que nous en ferons. Comme nos concerts attirent toujours plus de monde et notre groupe s’agrandit, nous devons nous améliorer sans cesse pour répondre à la demande. Si on n’y parvient pas, on ira droit dans le mur. » On peut lire dans son regard qu’il sait ce dont il parle, alors que défilent devant ses yeux les bourgades isolées et les paysages immenses du centre du Texas.
Les musiciens s’imprègnent avec avidité des rencontres musicales faites au gré des tournées, comme celles de New York Dolls et Cedric Burnside & Lightnin’ Malcolm. « Comme les Dolls, nous reprenons du Bo Diddley et du Sonny Boy Williamson », commente le guitariste Zach Ernst, assis à l’avant du véhicule, également sa place favorite au sein du groupe. « Cette tonalité spontanée, agressive, toute en turbulences, nous plaît vraiment. C’est la musique que nous aimons écouter et c’est celle que nous cherchons à produire. On a fait quelques changements de programmation depuis notre premier enregistrement, mais on est resté fondamentalement le même groupe, et on est tout excité à l’idée de passer à l’étape suivante. »
Comme ses prédécesseurs, Lewis compose en s’inspirant d’expériences vécues, souvent amères, qu’il exprime avec une impitoyable véracité. Les chansons de « Scandalous » sont truffées de références aux éternels problèmes de la déprime, des aventures d’un soir, du mensonge, de la triche, de la rédemption et de la vengeance. Crue, torride et réaliste, sa musique n’est pas faite pour les mauviettes, mais la vivre pleinement peut être véritablement cathartique.
L’album démarre par un morceau funky "Livin’ in the Jungle", où Joe gémit avec déchirement et abandon sur fond de sonorités rythmées éclatant tels des orages tropicaux et entrecoupées de cuivres hurlant comme des hyènes en chaleur.
« Je me suis toujours dit que si je devenais riche un jour, je m’achèterais un lopin de terre au Congo ou en Amazonie, sur lequel je construirais une belle baraque et je vivrais avec une fille du coin, » explique-t-il imperturbable. Dans le titre suivant, "I’m Gonna Leave You", le groupe balance des décharges électriques dans du pur country blues des collines du Mississippi. « La chanson raconte l’histoire d’un type sur le point de quitter une fille, il veut se barrer à temps, avant de s’enliser dans le bourbier, » dit-il en ponctuant sa phrase d’un ricanement cruel.
Après cela, tout le monde sur le pont, avec un enchaînement d’agressions sonores à vous déchirer le tympan et le pelvis. Sur un air de boogie de la plus grande tradition classique, "Mustang Ranch" raconte, à coup de détails sordides, un trajet de nuit entre Salt Lake City et San Francisco, avec Joe scandant le récit avec le tempo d’un « talking blues » rugissant.
« Cela faisait des heures qu’on était sur la route, alors on a décidé de s’arrêter au Mustang Ranch, » explique-t-il. « On s’est dit, allons-y, il n’y a rien d’autre à faire. On a donc fait une halte là, mais quelle expérience bizarre, c’est le moins qu’on puisse dire ! » Un autre petit rire rapide s’échappe des lèvres de Joe. « On a réalisé que les bordels n’étaient pas vraiment pour nous. Puis on est parti, et on s’est arrêté à Reno à six heures du matin. Autre expérience vraiment bizarre. On est entré dans le casino où on a pris un petit-déjeuner vraiment peu cher. Aux premières lueurs du jour, les joueurs épuisés déambulaient dans la ville comme des zombies. Le ciel était même éclairé d’étranges lumières. Cette chanson, c’est une vraie histoire. »
Lewis branche Robert Johnson sur "Messin". « Je suis juste un fan de blues à l’ancienne, et j’essaie de m’en inspirer, » dit-il en récitant les noms de ses bluesmen préférés : Lightnin’ Hopkins, Junior Kimbrough, Elmore James, Howlin’ Wolf et Magic Sam.
La plus grosse surprise de l’album, c’est incontestablement "You Been Lyin’", exercice torride, politiquement engagé, dans la plus pure tradition des Parliament-Funkadelic et des Temptations de la fin des années 60. Invités surprise de ce morceau, les choristes des Relatives, groupe « gospel funk » de Dallas qui a produit, il y a quelque trente ans, des enregistrements passés honteusement inaperçus.
« C’est le plus grand groupe qui ait jamais existé », s’exclame Joe, « et je suis content qu’il figure dans notre album, ils ajoutent une touche attendrissante. » Ici et là, on constate l’influence des Stooges, autre référence de Lewis en matière de prestations scéniques provocantes. « On nous considère comme un group de soul, mais on est davantage apparenté au rock & roll, » souligne-t-il.
« Ce que nous faisons est différent des groupes de soul aux sections cuivre très en vogue actuellement, » ajoute Ernst. « On plaisante en disant qu’on aimerait bien jouer ce type de musique, mais qu’en fait on n’est pas assez bon pour ça : nos guitares sont trop puissantes, notre jeu est trop primitif, et Joe est davantage un gueulard et un bluesman qu’un chanteur de soul enjôleur. On se taille notre propre place, parce qu’on ne sait pas jouer autrement. On est incapable de produire des sonorités plus pures ou plus fluides — et même si on le pouvait, on ne voudrait pas. »
Joe, qui a grandi à Austin et à Round Rock, a baigné dès son plus jeune âge dans le Delta blues, le Chicago blues, la soul de Memphis et la musique garage punk de Détroit — mais ce qu’il en sort, n’a rien à voir avec ce qui existe déjà là-bas. « Je ne sais pas, mon vieux, j’ai juste plongé dedans, » poursuit Lewis. « Mes voisins faisaient partie d’un groupe de country music, ils étaient tout le temps sur les routes, alors que moi je partais travailler dans cette usine sordide. Je me disais, "Mec, vas-y, lance-toi !". C’est comme ça qu’un jour j’ai saisi une des guitares accrochées au mur du dépôt-vente où je travaillais alors et que j’ai commencé à jouer. Les gens avec qui je jouais voulaient pratiquer tout le temps, mais moi tout ce que je voulais c’était sortir de là et essayer de jouer de cette merde. J’ai presque tout appris sur scène. »
Après des années de galère, les choses commencent à aller vite pour Lewis, avec la création avec Ernst de la première bouture de Black Joe Lewis & the Honeybears . A l’origine de cette appellation, ce vieux pot de miel trouvé sur le sol plutôt répugnant de leur salle de répétition. Ils s’associent avec Spoon après avoir attiré l’attention de Britt Daniel ; leur EP suivant, produit par Eno, séduit Lost Highway, qui signe un contrat de disque avec,eux. Eno prend la barre en produisant en 2009 leur premier album, Tell ’Em What Your Name Is!, dont une grande partie est enregistrée en live.« On peut se vanter de garder notre style propre tout en restant fidèle à nos idoles, » ajoute Lewis. « Nous jouons de la musique que nous aimons écouter. La musique avant tout ! »
A la tombée de la nuit, la camionnette entre dans Marca. Encore ensommeillés, les musiciens se frottent les yeux et s’étirent, avant de s’attaquer au déchargement du véhicule. C’est leur raison de vivre — encore une nuit passée à faire vibrer les murs d’un trou à rats devant une assemblée bondée de cul-terreux bourrés, en quête de frissons. Pour les clients, c’est toujours un bon moment de pris. Pour Joe Lewis & the Honeybears, ce sont une longue journée et une nuit brûlante de plus dans la vie d’un groupe de musiciens, composé de sept gars affamés, le regard perdu dans l’horizon lointain. 
Et ici en France :
Trés bien accueilli en France où ils ont vendu plus de sept mille albums depuis 2009, le groupe a déjà joué deux fois à Paris : Nouveau Casino et Cafe de la Danse sans parler d'une participation à "L'album de la semaine"  (Canal +) et "Le fou du roi" (France Inter). Ils ont été programmés au Printemps de Bourges et ont découvert quelques villes françaises. Joe Lewis nous a avoué être un grand fan de foot et se passionner pour la révolution française ! Puisse ce nouvel album les établir en France et permettre au leader d'assister à un match du Ligue 1 !

Site internet :
http://www.blackjoelewis.com/scandalous/